Tu encaisses 1 000 €. Combien t'en reste-t-il vraiment ? La plupart des micro-entrepreneurs répondent « à peu près 1 000 € », puis découvrent l'appel URSSAF, l'impôt et la CFE. Selon ton activité, il te reste entre 720 € et 866 € avant même de payer tes frais. Et une fois tes vraies dépenses retirées, l'écart avec ce que tu croyais gagner peut être énorme.
Voici le calcul complet, ligne par ligne, avec les taux de 2026 et deux exemples chiffrés du début à la fin.
1. Les cotisations sociales URSSAF
C'est la plus grosse ligne. En micro-entreprise, les cotisations sont un pourcentage du chiffre d'affaires encaissé, pas du bénéfice. Elles financent ta retraite, ta santé, tes allocations familiales, et incluent la CSG-CRDS. Le taux dépend de ton activité :
| Activité | Taux 2026 |
|---|---|
| Vente de marchandises, fourniture de logement (BIC) | 12,3 % |
| Prestations de services commerciales ou artisanales (BIC) | 21,2 % |
| Professions libérales non réglementées (BNC, régime général) | 25,6 % |
| Professions libérales relevant de la CIPAV (BNC) | 23,2 % |
Le taux des libéraux du régime général a beaucoup augmenté : 21,1 % avant juillet 2024, 25,6 % depuis le 1er janvier 2026. Si tu as fait tes calculs il y a deux ans, refais-les.
L'ACRE, si tu te lances. L'aide à la création réduit les cotisations jusqu'à la fin du troisième trimestre civil qui suit le début d'activité. Pour une micro-entreprise créée avant le 1er juillet 2026, la réduction est de 50 %. Pour une création à partir du 1er juillet 2026, elle n'est plus que de 25 % : tu paies 75 % du taux normal, par exemple 15,9 % au lieu de 21,2 % pour les prestations BIC. La demande se fait dans les 60 jours qui suivent le début d'activité.
2. Les petites taxes qui s'ajoutent
Deux contributions s'ajoutent aux cotisations, elles aussi calculées sur le chiffre d'affaires :
- La contribution à la formation professionnelle (CFP) : 0,1 % pour la vente, 0,2 % pour les services commerciaux et les libéraux, 0,3 % pour les artisans. Elle t'ouvre des droits à la formation.
- La taxe pour frais de chambre consulaire : 0,015 % pour la vente (CCI), 0,044 % pour les services commerciaux (CCI), 0,48 % pour les prestations artisanales (CMA). Les professions libérales n'en paient pas.
Sur 1 000 €, cela représente entre 1 € et 8 €. Peu, mais à intégrer pour que tes calculs tombent juste.
3. L'impôt sur le revenu : versement libératoire ou barème
Tu as deux façons de payer l'impôt sur ton activité.
Le versement libératoire : tu paies l'impôt en même temps que tes cotisations, à un taux fixe sur ton chiffre d'affaires. 1 % pour la vente, 1,7 % pour les services BIC, 2,2 % pour les libéraux. C'est simple et prévisible. Il faut le demander et remplir une condition de revenus : pour l'appliquer en 2026, le revenu fiscal de référence 2024 de ton foyer devait être inférieur à 29 315 € par part de quotient familial.
Le barème classique : tu reportes ton chiffre d'affaires dans ta déclaration de revenus, et l'administration retire un abattement forfaitaire censé couvrir tes frais : 71 % pour la vente, 50 % pour les services BIC, 34 % pour les libéraux (avec un minimum de 305 €). Le reste s'ajoute aux autres revenus du foyer et est imposé au barème.
Lequel choisir ? En règle générale, le versement libératoire est intéressant si ton foyer est imposé dans la tranche à 11 % ou au-delà. Si ton foyer n'est pas imposable, il te fait payer un impôt que tu n'aurais pas payé. Fais la simulation sur impots.gouv.fr avant de choisir : c'est l'option qui dépend le plus de ta situation personnelle.
4. La CFE, la mauvaise surprise de décembre
La cotisation foncière des entreprises est due même si tu travailles chez toi. Elle est payable chaque année à la mi-décembre, sur ton espace professionnel impots.gouv.fr. Bonne nouvelle : tu en es exonéré l'année de ta création, et chaque année où ton chiffre d'affaires ne dépasse pas 5 000 €. Au-delà, son montant est fixé par ta commune et va le plus souvent de quelques centaines d'euros à plus de mille euros.
Le bon réflexe : divise ton montant de CFE par 12 et mets-le de côté chaque mois, comme une cotisation de plus.
5. Tes vrais frais, qui ne se déduisent pas
C'est le point que beaucoup découvrent trop tard : en micro-entreprise, tes dépenses ne réduisent ni tes cotisations, ni ta base de calcul. Tu paies 21,2 % ou 25,6 % sur tout ce que tu encaisses, même si la moitié a servi à acheter tes matières premières.
Matières, emballages, frais de plateforme et de paiement, logiciels, matériel, téléphone, déplacements, assurance : tout cela sort de ce qui te reste. Plus ton activité consomme de frais, moins la micro-entreprise est avantageuse.
6. Deux exemples complets
Pour 1 000 € encaissés, voici d'abord ce qu'il reste après les cotisations, les taxes et le versement libératoire, avant tes frais :
| Activité | Prélevé | Il reste |
|---|---|---|
| Vente de marchandises | 134,15 € | 865,85 € |
| Services commerciaux (BIC) | 231,44 € | 768,56 € |
| Services artisanaux (BIC) | 236,80 € | 763,20 € |
| Libéral, régime général (BNC) | 280,00 € | 720,00 € |
Maintenant, deux cas complets, avec les frais.
Camille, graphiste freelance : 2 500 € encaissés dans le mois
| Encaissé dans le mois | |
| Chiffre d'affaires encaissé | 2 500,00 € |
| Prélevé sur le chiffre d'affaires | |
| Cotisations URSSAF (25,6 %) | −640,00 € |
| Formation professionnelle (0,2 %) | −5,00 € |
| Versement libératoire (2,2 %) | −55,00 € |
| Ses frais réels | |
| Logiciels et abonnements | −65,00 € |
| Ordinateur et matériel (lissés sur l'année) | −50,00 € |
| Internet, téléphone, assurance | −45,00 € |
| CFE (360 € par an, lissée) | −30,00 € |
| CE QU'IL RESTE VRAIMENT (64 %) | 1 610,00 € |
Camille facture 2 500 €, mais vit en réalité avec 1 610 €. Pour se verser 2 000 € par mois, il lui faudrait encaisser un peu plus de 3 000 €.
Léa, créatrice de bougies : 1 500 € de ventes dans le mois
| Encaissé dans le mois | |
| Ventes encaissées | 1 500,00 € |
| Prélevé sur le chiffre d'affaires | |
| Cotisations URSSAF (12,3 %) | −184,50 € |
| Formation professionnelle et CCI (0,115 %) | −1,73 € |
| Versement libératoire (1 %) | −15,00 € |
| Ses frais réels | |
| Cire, mèches, parfums, pots | −420,00 € |
| Emballages et étiquettes | −60,00 € |
| Frais de plateforme et de paiement | −150,00 € |
| CE QU'IL RESTE VRAIMENT (45 %) | 668,77 € |
Le taux de cotisations de Léa est deux fois plus faible que celui de Camille, et pourtant il lui reste une part bien plus petite de ce qu'elle encaisse : ce sont ses frais qui pèsent. Et ces 668 € doivent encore rémunérer toutes les heures passées à fabriquer, photographier et expédier. C'est exactement pour cela qu'il faut calculer son prix de vente en partant de ses coûts, et pas du prix des concurrents.
7. Les seuils de TVA et les plafonds à surveiller
Deux séries de chiffres encadrent la micro-entreprise en 2026.
La franchise de TVA : tant que ton chiffre d'affaires annuel reste sous 85 000 € pour la vente ou 37 500 € pour les services, tu ne factures pas de TVA. Si tu dépasses ce seuil sur une année, tu perds la franchise au 1er janvier suivant ; si tu dépasses le seuil majoré (93 500 € ou 41 250 €) en cours d'année, tu deviens redevable de la TVA immédiatement. La baisse du seuil à 25 000 €, un temps envisagée, a été abandonnée.
Les plafonds du régime : 188 700 € pour la vente et 77 700 € pour les services. Au-delà deux années de suite, tu sors de la micro-entreprise.
Attention au passage à la TVA. Si tu deviens redevable sans avoir augmenté tes prix, la TVA sort directement de ce qu'il te reste : 20 % de chaque vente. Suis ton chiffre d'affaires cumulé chaque mois pour l'anticiper.
8. La règle simple : combien mettre de côté
Pour ne jamais être surpris, mets de côté un pourcentage fixe à chaque encaissement, sur un compte à part :
Ces pourcentages couvrent les cotisations, les petites taxes et le versement libératoire, avec un peu de marge. Si tu n'as pas opté pour le versement libératoire, garde la même réserve et ajuste-la après ta première déclaration de revenus. Ajoute ta CFE divisée par 12. Ce qui reste sur ton compte principal est enfin de l'argent que tu peux dépenser.
Questions fréquentes
Les cotisations sont-elles calculées sur le chiffre d'affaires ou sur le bénéfice ?
Sur le chiffre d'affaires encaissé. Tes dépenses ne réduisent pas tes cotisations : c'est la grande différence avec une entreprise au régime réel.
Si je n'encaisse rien un mois, je paie quelque chose ?
Non : pas de chiffre d'affaires, pas de cotisations. Tu dois quand même faire ta déclaration, en indiquant 0 €.
Les frais de port que je facture comptent-ils dans mon chiffre d'affaires ?
Oui, s'ils sont facturés à ton client et encaissés par toi, ils font partie du chiffre d'affaires sur lequel tu paies tes cotisations.
Le versement libératoire me dispense-t-il de déclarer mes revenus ?
Non. Tu reportes quand même ton chiffre d'affaires dans ta déclaration annuelle, mais il n'est pas imposé une deuxième fois. Il sert au calcul de ton revenu fiscal de référence.
Les outils pour aller plus loin
Tous compatibles Excel et Google Sheets, en français, avec un guide de démarrage. Tu remplis les cellules jaunes, le reste se calcule seul.
Suivi Micro-Entreprise & URSSAFCalcule les cotisations au fil des encaissements, surveille les plafonds de chiffre d'affaires et les seuils de TVA, et indique ce qu'il reste réellement.10,68 €Voir le produit
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