Un banquier qui ouvre ton prévisionnel ne cherche pas à savoir si ton idée est géniale. Il cherche à savoir si tu as compris ton propre modèle, et si tu pourras rembourser. Un prévisionnel crédible, ce n'est pas un prévisionnel optimiste : c'est un prévisionnel dont chaque chiffre s'explique.
1. Le chiffre d'affaires : partir du terrain, pas de l'objectif
L'erreur la plus fréquente consiste à partir d'un chiffre rond (« 100 000 € la première année ») et à le justifier ensuite. Fais l'inverse : prix × volume, mois par mois. Combien de clients peux-tu réellement servir ? À quel prix ? Avec quelle montée en charge ? Un chiffre d'affaires construit ainsi se défend en rendez-vous.
2. Les charges : fixes et variables
Sépare les charges qui tombent quoi qu'il arrive (loyer, assurances, abonnements, salaires) de celles qui varient avec l'activité (achats de marchandises, commissions, emballages). Cette distinction est indispensable pour calculer ton seuil de rentabilité, et c'est l'une des premières choses qu'un banquier regarde.
3. Le plan de financement : ce dont tu as besoin, et d'où ça vient
D'un côté, tes besoins de départ : investissements, frais d'installation, stock initial, et une trésorerie de démarrage pour tenir les premiers mois. De l'autre, tes ressources : apport personnel, prêt bancaire, prêts d'honneur, aides. Les deux colonnes doivent s'équilibrer.
4. Le seuil de rentabilité : le chiffre que tout le monde demande
C'est le chiffre d'affaires à partir duquel tu ne perds plus d'argent. Il se calcule ainsi :
| Données | |
| Charges fixes annuelles | 24 000 € |
| Taux de marge sur coûts variables | 60 % |
| SEUIL DE RENTABILITÉ (24 000 ÷ 60 %) | 40 000 € |
| Point mort | |
| Chiffre d’affaires annuel prévu, réparti régulièrement | 60 000 € |
| SEUIL ATTEINT AU BOUT DE (40 000 ÷ 60 000 × 12) | 8 mois |
5. La trésorerie mois par mois : là où les entreprises meurent
Une entreprise rentable peut faire faillite. Il suffit que les clients paient à 60 jours alors que les fournisseurs et l'URSSAF attendent leur dû. Le plan de trésorerie sur douze mois, construit avec les délais d'encaissement réels, révèle à l'avance le mois critique. Et c'est exactement ce qui rassure un banquier : tu as vu le problème avant lui.
Les erreurs qui décrédibilisent un dossier
- Un chiffre d'affaires au maximum dès le premier mois, sans montée en charge.
- Oublier sa propre rémunération, ou les cotisations sociales.
- Pas de trésorerie de démarrage : le moindre retard de paiement devient fatal.
- Des hypothèses impossibles à expliquer à l'oral.
Questions fréquentes
Sur combien d'années faire son prévisionnel ?
Trois ans est le format habituel attendu par les banques, avec un plan de trésorerie mensuel détaillé pour la première année.
Un prévisionnel est-il utile en micro-entreprise ?
Oui : même sans banquier, il te dit combien vendre pour te payer et à quel moment ta trésorerie risque de coincer.
Que faire si le seuil de rentabilité paraît inatteignable ?
C'est précisément l'intérêt de l'exercice : revoir les prix, réduire les charges fixes ou phaser le projet avant de se lancer, pas après.
Les outils pour aller plus loin
Tous compatibles Excel et Google Sheets, en français, avec un guide de démarrage. Tu remplis les cellules jaunes, le reste se calcule seul.
Cet article a une vocation informative. Les taux, seuils et règles cités évoluent : vérifie-les auprès des sources officielles (urssaf.fr, impots.gouv.fr, service-public.fr) avant toute décision. Il ne remplace pas le conseil d'un professionnel.